Retour au Savoir
Hands sketching numbers on paper next to a calculator and a wooden keyboard on a desk.
Concevoir un ESOP, c'est surtout de l'arithmétique. Les conséquences fiscales de chaque structure décident du reste.

Participation

ESOP pour startups suisses: comment fonctionnent vraiment les attributions de parts

Phantom shares, vraies actions, impôts au vesting. Choisis la structure avant de promettre quoi que ce soit.

7 min de lecture

La participation est la seule monnaie avec laquelle une jeune startup suisse peut rivaliser avec les salaires tech zurichois (un·e senior engineer chez Google ZRH fait CHF 220'000 de base avant bonus). Le système fiscal suisse traite très différemment la participation des employés selon la structure du plan, et une attribution mal pensée peut laisser ton ingénieur·e avec une facture fiscale à cinq chiffres sur un gain comptable qu'il ou elle ne peut pas vendre.

Le cadre légal est court mais précis: la Loi fédérale sur l'impôt anticipé couvre le cash-out à la sortie, la Circulaire n° 37 de l'AFC (Participations de collaborateur, 2013, révisée en 2020) fixe le traitement à l'impôt sur le revenu, et chaque administration fiscale cantonale publie sa propre formule d'évaluation des actions non cotées. Choisir la mauvaise structure, c'est se battre avec trois niveaux d'administration en même temps.

Trois structures, trois vies fiscales différentes

  • Vraies actions: l'employé·e reçoit des actions à la valeur de marché. Revenu imposable à l'attribution sur la différence entre prix payé et valeur fiscale (Circulaire 37, §3.1). Impôt sur la fortune annuel sur le stock. Plus d'impôt sur le revenu ensuite jusqu'à la vente, et le gain en capital privé est exonéré selon l'art. 16 al. 3 LIFD.
  • Options sur actions: le droit d'acheter plus tard à un strike fixe. Imposable à l'exercice sur l'écart entre strike et valeur de marché (Circulaire 37, §4.2). Souvent le pire résultat parce qu'aucun marché liquide n'existe encore.
  • Phantom shares (bon de participation de collaborateur ou plan de bonus contractuel): un droit contractuel qui réplique la valeur de l'action, payé en cash à la sortie. Traité comme salaire ordinaire au paiement selon l'art. 17 LIFD et l'art. 5 LAVS, aucune dilution du cap table jusqu'au moment du paiement.

Phantom vs vraies actions: la fracture fiscale qui casse la plupart des équipes

Les phantom shares sont simples à administrer (pas de notaire, pas d'inscription au registre du commerce, pas d'évaluation cantonale), mais le paiement total à la sortie est du revenu salarial, avec l'AVS/AI/APG complète d'environ 10.6 pour cent côté employeur et 5.3 pour cent côté employé, plus le taux marginal d'impôt sur le revenu (à Zurich, fédéral plus cantonal plus communal atteint 40 pour cent au-delà de CHF 150'000). Les vraies actions, à l'inverse: imposées à l'attribution sur une valeur de formule rabattue, puis gain en capital exonéré à la sortie. Le calcul donne souvent un paiement nominal de CHF 1 million qui devient net CHF 600'000 en phantom et CHF 900'000 en vraies actions, pour la même valeur affichée.

Quand les vraies actions valent-elles vraiment la complexité?

Les vraies actions gagnent quand (a) la valeur de formule à l'attribution est basse (seed précoce, avant chiffre d'affaires), (b) l'employé·e peut payer l'impôt immédiat sur le rabais, et (c) tu acceptes une augmentation de capital authentique ou la gestion d'un pool d'actions propres. En dessous de CHF 2 millions de valorisation, le calcul favorise presque toujours les vraies actions pour les dix premiers engagements. Au-dessus de CHF 20 millions, il favorise presque toujours les phantom shares pour tout le monde, sauf les trois rôles clés.

La formule cantonale dont personne ne te parle

Les administrations fiscales cantonales évaluent les actions suisses non cotées avec la formule des praticiens (Praktikerformel), une moyenne pondérée entre substance et rendement (typiquement un tiers de valeur comptable, deux tiers de rendement capitalisé à 8 à 10 pour cent). Zurich, Zoug et Schwyz publient leurs propres variantes. Obtiens une évaluation de formule écrite (Formelbewertung) auprès de ton administration cantonale avant toute attribution, idéalement un ruling fiscal contraignant pour CHF 1'500 à 3'000 de frais d'avocat plus l'émolument cantonal. Sans ruling, chaque attribution reste un risque d'audit pendant cinq ans.

Vesting et règles de leaver

Utilise le même vesting de quatre ans avec cliff d'un an que les fondateurs. Définis ce qui se passe si l'employé·e démissionne (good leaver), est licencié·e sans motif (good leaver) ou licencié·e pour justes motifs selon l'art. 337 CO (bad leaver). Good leaver garde les unités vestées à la valeur de formule, bad leaver perd tout, y compris les unités vestées. Ce dernier point n'est exécutable en Suisse que si la clause bad leaver est étroitement définie et proportionnée. Les tribunaux du travail suisses cassent régulièrement les déclencheurs bad leaver vagues.

Dois-je verser l'AVS quand les phantom shares sont payés des années après le départ?

Oui. L'art. 5 LAVS et la pratique de la SVA traitent les paiements de phantom comme salaire de l'employeur au moment du paiement, peu importe si la personne est encore sur la masse salariale. Tu dois environ 10.6 pour cent de cotisations employeur sur le paiement total, même cinq ans après la fin du contrat. Intègre ça dans ton modèle de dilution: un plan phantom plafonné à 10 pour cent de la valeur d'entreprise à la sortie coûte environ 11 pour cent à la société, charges AVS comprises.

Taille du pool et dilution

Un pool seed suisse typique se situe entre 10 et 15 pour cent du capital pleinement dilué, souvent 12 pour cent par défaut. Réserve-le avant de lever, pour que la dilution touche le cap table existant plutôt que la part du nouvel investisseur. Les investisseurs demanderont de toute façon un remplissage pre-money à une taille cible (Seedsummit et les VCs suisses attendent typiquement 10 pour cent post-Série A), donc le faire en avance te donne de la marge de négociation et évite la conversation pénible où tu découvres que le 'fully diluted' du term sheet inclut un pool que tu n'as pas encore créé.

Et si une engagée clé veut son grant dans sa GmbH allemande pour des raisons fiscales?

Possible mais compliqué. L'employeur suisse ne peut pas attribuer directement à une entité étrangère, donc tu attribues à la personne selon les règles suisses et elle gère la fiscalité UE elle-même. Un ESOP transfrontalier pour une personne résidente UE déclenche la retenue d'impôt sur le salaire dans l'État de résidence (Allemagne) au vesting, avec crédit contre l'impôt à la source suisse. Obtiens un avis fiscal transfrontalier avant l'attribution, CHF 3'000 à 5'000 de frais d'avocat, bien moins cher qu'un contrôle de l'impôt sur le salaire allemand.

Sources

  1. 01Circulaire n° 37 de l'AFC — Imposition des participations de collaborateur (révisée 2020)(Circulaire 37)
  2. 02Loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (LIFD), art. 17 (revenu de l'activité salariée) et art. 16 al. 3 (gain en capital privé exonéré)(RS 642.11 art. 16 / 17)
  3. 03Loi fédérale sur l'assurance-vieillesse et survivants (LAVS), art. 5 (définition du salaire)(RS 831.10 art. 5)
  4. 04Code des obligations (CO), art. 337 (résiliation immédiate pour justes motifs)(RS 220 art. 337)
  5. 05Administration fiscale cantonale de Zurich — Directive d'évaluation des titres non cotés (formule des praticiens)(ZH StA Merkblatt)
  6. 06Administration fédérale des contributions — Pratique des rulings fiscaux contraignants(AFC ruling)